Tuesday, March 01, 2005

Rwanda 1994... dans les films

(En Francais/In French)
Au Festival de Berlin, le génocide rwandais passé par deux fois au filtre de la fiction

LE MONDE | 19.02.05 | 14h18

"Hotel Rwanda", de Terry George, et "Sometimes in April", de Raoul Peck, présentés à la Berlinale, racontent les événements de 1994 avec deux approches radicalement différentes.
Berlin de notre envoyé spécial

Peut-être en souvenir du congrès de 1885 qui vit les puissances européennes, réunies dans la capitale du Reich, se partager l'Afrique, le Festival de Berlin s'est efforcé de faire une place au continent noir, pour cette 55e édition.

La pièce centrale de ce dispositif était constituée de deux films américains traitant du génocide de 1994 au Rwanda, Hotel Rwanda, réalisé par l'Irlandais Terry George, et Sometimes in April, du cinéaste haïtien Raoul Peck.

Le premier, présenté hors compétition, déjà sorti aux Etats-Unis, a valu à son interprète principal, Don Cheadle, de concourir pour l'Oscar du meilleur comédien ; le second, en lice pour l'Ours d'or, doit être diffusé sur la chaîne payante américaine HBO à partir du 19 mars. L'un retrace la traversée du génocide par le directeur de l'hôtel des Mille Collines à Kigali, capitale du Rwanda, Paul Rusesabagina. L'autre est une fiction aux multiples fils conducteurs qui veut dire toute l'histoire du crime perpétré par les partisans du "hutu power" qui a fait 500 000 à 800 000 victimes, entre avril et juillet 1994.

"J'essayais d'écrire un film sur la guerre civile au Liberia", explique Terry George, déjà auteur (entre autres) du scénario d'Au nom du père, un autre film inspiré d'une histoire vraie, celles des Irlandais de Guilford injustement condamnés. C'est alors qu'on lui a apporté l'histoire de Paul Rusesabagina, qui, pendant les cent jours du génocide, a réussi à préserver la vie de 1 200 réfugiés entassés dans son hôtel. Le cinéaste a convaincu l'hôtelier, réfugié à Bruxelles depuis 1996, de collaborer à l'entreprise.

Paul Rusesabagina, qui a aussi fait le voyage de Berlin, n'a pas été surpris d'être contacté par une équipe anglo-saxonne : "Ce sont plutôt des Américains qui se sont intéressés à mon histoire", raconte-t-il.

D'ailleurs, avant de confier l'écriture de Sometimes in April à Raoul Peck, HBO lui avait proposé de tourner l'histoire de l'hôtel des Mille Collines et de son directeur. Pour Terry George, ce dernier est un "parfait exemple de "working class hero", qui met au service des autres ses talents professionnels, son habileté à négocier, à corrompre".

Pour le réalisateur d'Hotel Rwanda, le génocide est "si étranger à la grande majorité du public qu'il s'agit de le faire passer à travers l'histoire simple d'un homme simple". Ce souci de diffusion maximale dicte d'autres choix : les violences (la majorité des victimes ont été tuées à l'arme blanche) ne sont pas montrées "parce que le système de classification des films aux Etats-Unis est tel que les adolescents ne pourraient plus voir le film. De toute façon, je veux aussi que des adultes qui refusent de voir des films interdits aux moins de 17 ans ne soient pas rebutés", ajoute Terry George. Le cinéaste a tout aussi délibérément lancé son film dans la course aux Oscars qu'il a plié le récit de Paul Rusesabagina aux nécessités dramatiques. Ainsi, une conversation entre l'hôtelier et le général Bizimungu, qui commandait les Forces armées rwandaises (à la fin du film, le héros menace le militaire de la justice internationale), s'est tenu! e en fait avec le maire de Kigali, comme l'explique M. Rusesabagina.

GRÂCE À "LUMUMBA"

Peck, cinéaste politique (il a été ministre de la culture d'Haïti), avait déjà tourné un film de fiction en Afrique, Lumumba. Sam Martin, vice-présidente de HBO Films, l'a rencontré lorsqu'elle a fait réaliser pour sa chaîne une version anglaise de ce film. "Notre vocation est de produire des films qui ne pourraient pas exister sans nous", dit-elle. C'est ainsi que Peck s'est vu proposer de réaliser un film sur le Rwanda. Sa réticence a été vaincue, entre autres, après une discussion avec une journaliste de Radio France internationale, Madeleine Mukamabano, elle-même née au Rwanda.

Le cinéaste a travaillé deux ans à construire une histoire qui circule entre le Rwanda de 2004, le Tribunal pénal international d'Arusha, où sont jugés quelques-uns des génocidaires, et les événements de 1994, vus à travers le sort d'un officier hutu des FAR, de son épouse tutsie, et de son frère animateur à RTLM, la radio dont les appels au meurtre ont scandé les massacres. Raoul Peck a bâti son histoire de façon à "mettre le plus de choses possibles, différentes couches de vérité ou de compréhension", puisant, au contraire de Terry George, à des sources très diverses. La première version de son film durait 3 h 30 (75 minutes de plus que celle présentée à Berlin). Certaines des séquences qu'il a dû couper montraient le général des Nations unies Roméo Dallaire réduit à l'impuissance.

Le film a été tourné au Rwanda, avec la collaboration du Front patriotique rwandais (FPR) du président Paul Kagamé, le vainqueur de la guerre de 1994. "Ils n'ont pas demandé à lire le scénario, assure le réalisateur ; j'ai eu la chance que Lumumba passe régulièrement à la télévision rwandaise. Un proche de Kagamé m'a donné des assurances." Assurances qui ont failli ne pas tenir lorsque les Rwandais ont découvert que l'équipe de Peck était française : "Il reste une très profonde blessure", dit-il. Une blessure évoquée à plusieurs reprises dans Sometimes in April, par exemple lorsqu'un officier français assiste à la livraison de machettes venues de Chine, destinées à l'exécution du génocide. Dans Hotel Rwanda, ce sont les miliciens interahamwe qui réceptionnent le chargement.

Hotel Rwanda doit sortir en France le 30 mars, Sometimes in April attend toujours un titre et un distributeur français.

Thomas Sotinel
J'attends impatiemment la sortie de "Sometimes in April". J'ai vu Hotel Rwanda, et je ne vais pas entrer dans la politicaille. Mais ce qui est sur, c'est que la terreur qui nous hantait a Kigali en 1994 a été excellement reproduite dans le film si vous voulez mon opinion. Non seulement la terreur, mais le sentiment d'incomprehension et de desorientation face a la capacité meurtiere de l'etre humain. L'homme est vraiment un loup pour l'homme...

3 comments:

Anonymous said...

Hotel Rwanda est tres politiquement correct: aucune allusion à la responsabilité française... Il entretient la confusion. Après le film, on a l'image de tribus qui se battent pour la prise du pouvoir... Vivement Sometimes in April!

Aline Baudé said...

J'ai trouvé ce film magnifique. J'ai acheté le DVD et en trois semaines, je l'ai vu quatre fois. Depuis il me poursuit.

Heureusement il n'y a pas trop de violences mais tout est tellement bien suggéré que cela tend le film d'autant plus émouvant...

Le fait que ce film a un HEROS me le rend encore plus cher. Je suis à la recherche de films comme cela et il n'y en a pas beauoup. A part "Danse avec les loups", je n'en avais jamais vu d'aussi prenant.

M. RUSESABAGINA est vraiment quelqu'un de bien, un vrai héros courageux et généreux à qui je souhaite ainsi qu'à sa famille de vivre heureux et tranquilles là où ils sont actuellement et à leurs nièces d'oublier le cauchemar qu'elles ont vécu. Mais peut-on, doit-on oublier ???

En revanche, la France, le gouvernement de l'époque et le président Mitterrand ont reçu un sérieux coup dans l'aile. Il y avait déjà eu l'affaire bousquet, le Rainbow Warrior, mais là c'est vraiment trop...

TheMalau said...

"Sometimes in April", et "On tue les chiens" sont des films recents sur le sujet, qui sont aussi tres prennants. Bienvenus au Salon, les amis!

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